Dans les anciens temps, tous les êtres surnaturels de l’Islande étaient appelés Véttir, et même Odin pouvait être qualifié de Vätte.  Dans le Danemark et la Norvège modernes, cependant, le mot Vätte, tout comme le mot Wight, désigne un petit être souterrain à l’apparence humaine. En Suède, le Vätte désigne une créature de 50 à 70 cm de haut, originaire de la province méridionale de Scania, et d’au moins aussi au nord que la province de Jämtland (appelée aussi Jiemthen en Same du Sud et Iemptia en Latin) du milieu de la Suède. Le Vätte est mentionné dans le Sjaelinna tröst en 1430. Les Vättarna sont appelés Die Wichten en allemand et sont en étroitement liés aux Die Hollen, ‘Les Clandestins’ ou ‘Les Cachés’. Hollen possède la même racine linguistique que le mot suédois Hölja qui signifie : couvrir, cacher, envelopper, recouvrir, mais aussi une vaste profondeur au fond d’un lac ou un petit, mais profond, amas d’eau, tel un marais ou une tourbière.

On trouve mention des ‘Cachés’ dès 1437 de notre ère dans le Tyrol et la Hesse ainsi que dans le Bas-Rhin. On fait parfois également référence à eux comme Gute Hollen ou Gute Leute de la même façon que nous nous référons dans notre tradition aux habitants d’Elphame et à la descendance de Lilith sous le nom de ‘Petit Peuple’ ou ‘Bon Peuple’. On peut aussi les rencontrer sous le nom de Gute Wichten, qui rappelle ainsi le Wight anglais et le Wiht en vieil anglais. Ils sont parfois perçus comme des créatures des forêts, mais dans le nord de l’Allemagne, on les retrouve plutôt associés au monde chthonien.

En Norvège, au Danemark et en Allemagne, leurs noms sont souvent associés à certaines familles d’arbres qui renvoyaient, il y a 120 ans, à des cultes ancestraux qui leur étaient dédiés. Le premier exemple est le mythique et magique ‘Grand Sureau’ ou ‘Sureau Noir’ (Sambucus Nigra), également connu sous le nom de Sureau, Sureau Européen ou Sureau Noir Européen. À l’époque médiévale, le sureau était appelé Ellern (Ellhorn) dans le nord de l’Allemagne. Au Danemark, nous retrouvons un nom proche du mot allemand, Elletræer, qui signifie ici un arbre de la famille des Aulnes.

Le sureau demeure l’arbre central du folklore de la magie verdoyante au Danemark, dans le Sud de la Suède et tout le long du Fläder de la côte ouest suédoise. Avant d’en récolter les fleurs ou les branches, on disait qu’il était nécessaire d’apporter en échange des offrandes et de demander à l’arbre sa permission, puis de demander ensuite pardon pour avoir subtilisé quelque chose de son tronc. Quiconque osait manquer de respect au Noble Arbre et à sa Dame Souveraine serait frappé d’une éruption allergique appelée Hylleskåll ou échaudure de l’Hylle qui provoque une éruption cutanée rouge sur le visage, les bras et les jambes. En Angleterre, on croyait que si vous ramassiez des branches de sureau le 1er mai, elles seraient imprégnées de pouvoirs de guérison et pourraient soigner des morsures d’un chien enragé. Il était également nécessaire de demander la permission avant de toucher l’arbre afin de ne pas provoquer la colère de la Dame Sureau. Et, si celle-ci se montrait favorable et vous accordait sa permission, le contact physique avec l’arbre devait être doux.

« Huldra » par Ronja Irving

Avant de placer du fer ou de l’acier en contact avec les branches pour les récolter, on répétait un chant qui ressemble à celui-ci :

Vieille fille, donne-moi de ton bois
Et je t’en donnerai du mien
Quand je serai devenu un arbre.

(Michael Howard, 1987)

Howard a magnifiquement exprimé la façon dont ce simple chant pouvait ‘sauver le coupeur du terrible sort d’avoir osé interférer avec la Mère Sureau’ et ses voies.

Se reposer sous un sureau était également considéré comme dangereux, surtout pendant la période de floraison. Établir un campement ou dormir sous l’égide de cet arbre était en effet réputé provoquer des maux de tête et d’autres gènes. Pour obtenir les faveurs du sureau et de ses créatures, on offrait de la bière, de l’hydromel, du lait ou de la crème en sacrifice sur ses racines.

Pour récolter des parties du mystérieux sureau noir, je vous déconseille néanmoins des instruments faits de fer ou d’acier. Il est également préférable de cueillir seulement ce que votre intuition, vos mains et votre conscience jugeront prudent. Le jour de Saturne aux heures de Saturne et de Mercure et le jour de Mercure aux heures de Mercure (quand le soleil se lève ou quand il se couche), préférablement en lune croissante, sont mes suggestions pour les périodes les plus favorables de récolte. J’ajouterais également qu’il serait sage, en s’approchant du Noble Arbre et de sa Souveraine, la Dame Sureau, d’apporter avec soi du lait, du beurre salé et de la bière et, après avoir offert une révérence à la Dame, de tourner trois fois en sens senestre autour de l’arbre. A la fin de chaque tour, vous verserez des libations et procéderez à une offrande de beurre en répétant :

Hyldemor, Hyldemor, Hyldemor
giv mig noet av ditt träd så skall jag giva dig något av mitt i gengäld 

Mère Cachée, Mère Cachée, Mère Cachée,
Accorde moi un peu de tes branches généreuses et je t’offrirai des miennes en retour.

A la fin de chaque ronde, on offre un souffle sur l’écorce ou sur une des fleurs épanouies et, à voix haute ou dans la langue de l’esprit, on formule alors sa demande. Si l’on reçoit en retour une réponse bienveillante, on peut alors procéder à la collecte des présents de la Dame Sureau. En Angleterre, on craignait que si l’on abattait un sureau, la Mère qui y résidait ferait des ravages sur les responsables. Howard explique que cette croyance populaire renvoie au « culte païen de la déesse de la Lune, pour qui le sureau était un arbre sacré ».

Ses racines, son écorce, ses baies et ses feuilles étaient utilisées pour soigner de nombreux maux, mais ses branches et ses fleurs figuraient également dans les remèdes à base de plantes. Ce n’était pas seulement un arbre puissant et volontaire, sa simple présence et son parfum étaient censés protéger du mal, chasser les sorcières mal intentionnées et atténuer les effets néfastes de leur sorcellerie. L’arbre était également réputé tenir à distance la vermine, les souris, les rats et préserver des ravages des insectes volants. En Angleterre, cependant, les paysans considéraient de mauvais augure d’en avoir dans leurs jardins malgré le grand nombre d’utilisations positives et de traits nobles qui lui sont associés.

En Suède, les sorciers avaient découvert que les branches et le bois de sureau de la maison royale des Sambucus étaient propices à effectuer des opérations magiques dédiées à la Reine des Sorcières à laquelle une grande partie de ma vie fut consacrée : Skogsråt / Skogsrået , la Dame qui gouverne les Bois Désolés, mais aussi les nobles lignées :

La Maison des Tilleuls
• Bohuslind (tilleul à grandes feuilles, Tilia platyphyllos)
• Skogslind (tilleul à petites feuilles, Tilia cordata)

La Maison des Aulnes
• Gråal, aulne gris (Alnus Incana)

La Maison des Ormes
• Skogsalm (orme blanc, Ulmus glabra)

« Huldra II » par Ronja Irving

En Suède, la Skogsråt s’appelle également Skogsfrun, la Femme de la Forêt, Maîtresse Sublime et Enchanteresse des Bois. Elle porte aussi d’autres noms, plus compliqués à traduire. Dans la région historique, culturelle et linguistique de Bergslagen en Suède, on l’appelait Råhanna ou Råndan et dans le sud de la Suède, Skogssnu(v)an est son nom. Ses autres noms sont Skogstippa, Tallkotte-Kari, Middagsbergs-jullran, Talle-Maja, Skogsnymfen, la Nymphe des Forêts et Huldran.

La Dame des Bois Désolés est, selon mes propres ressentis et ceux de ma tradition, interprétée comme étant l’une des formes de Lilith. J’explique en détail les raisons de ce rapprochement dans mon livre ‘She of the Night’ qui paraitra chez Theion Publishing en 2021.

Au Danemark, on retrouve les Hyldetræer et Elletræer et leurs habitants respectifs les Hyldefolkene et Ellefolkene, qui sont à ceux qui habitent les Aulnes et les Sureaux. Leur nom renvoie directement à l’arbre dans lequel ils habitent, mais au-delà de cela, ils sont décrits de manière identique.

L’équivalent norvégien du Huldrefolket vivait parfois dans des arbres plus anciens, c’est-à-dire des arbres de la famille des Aulnes tels que l’aulne gris ou l’aulne moucheté (Alnus Incana).

Les Ellefolkene sont parfois appelées Elvefolkene, Elv-folk ou Peuple Elfique. Ces êtres, et en particulier les Hyldefolkene, sont issus de Hyllfruen, la Femme Hyll, qui peut être traduit par l’Épouse Cachée, la Dame Cachée ou la Maîtresse des Cachés. J’ai également vu mentionné Hylde Mor, la Mère des Cachés.

Dans les provinces suédoises de Skåne, Scania et Blekinge, Hyllfruen, La Maitresse des Cachés, réside dans la hylleträdet / fläderbusken, le Sureau. Ces deux provinces mentionnées ainsi que la province de Bohuslän étaient danoises jusqu’en 1658 de notre ère.

Les parents des Hylde- Ellefolkene danois, les Vætter, vivent dans des tumuli, des monticules et des montagnes où ils sont appelés Höj ou Bjærg folk, une traduction directe du Peuple des Monts ou des Montagnes. Les Vætter, en particulier les montagnards d’entre eux, portent des vêtements rouges, verts et bleus associés à un bonnet de laine gris, rouge ou blanc, qui en de plus rares occasions peut aussi être noir. Et quand se produit une lune bleue, on dit qu’ils sortent parfois nus de leur tanière.

En Norvège, les Huldrefolkene dominent les sources, en particulier dans les parties sud et centrales du pays. Alors qu’à Jæderen et dans le Telemark, on entend le nom de Vetterne au lieu de Huldrefolkene. Dans le Mandal, on les appelle Vitt et au nord de Trondheim on les appelle encore Ei godvetter ou Ei godvetra. Ces Vetter, Vitt et Vetra, ne sont souvent pas plus grands de stature qu’un enfant de 10 ans. Ils s’habillent en gris et portent des chapeaux ou ‘skauts’ noirs.

Les Vetter et Huldrefolk norvégiens possèdent un trait de particularité intéressant, ils ont le dos évidé. C’est un trait occasionnel caractéristique que le Noble Peuple de Norvège a hérité de ses parents danois, les Ellefolk. Les créatures du Petit Peuple norvégien ont également hérité leur queue de la Skogsrå suédoise. On dit souvent que leur queue rouge cuivrée est celle d’un renard, l’éternel et astucieux trickster des terres boréales.

On raconte, à Bottna Socken, dans la province de Bohuslän, sur la côte ouest suédoise, l’histoire d’un chasseur qui rencontra lors d’une de ses balades en forêt la Dame des Bois Désolés. Celle-ci l’emmena dans un luxurieux château au fond des bois. Ils passèrent une exaltante soirée ensemble et lorsque le chasseur se réveilla à ses côtés dans la nuit, il remarqua, non sans effroi, que la Dame possèdait le dos évidé comme une cuve de cuisson, et qu’une queue lui pendait du bas de dos. A l’effroyable découverte des particularités de sa compagne, le chasseur fut tellement surpris qu’il la maudit et se mit à prier le nom de Dieu, ce qui brisa le charme de la Skogsrå. Le chasseur se retrouva alors en un instant allongé dans un bourbier en pleine forêt.

La Skogsrå était connue pour son rire joyeux et retentissant et ses beaux cheveux longs et séduisants qui semblaient filés d’or autant que pour sa capacité à détourner la vue des humains, en particulier des hommes, afin de les faire égarer leur chemin.

A la différence des Huldrefolk qui portent des vêtements anciens, des chemises bleues, des jupes rouges ou bleues et des skauts et foulards blancs. Il semble que les Huldrefolkene norvégien possèdent de tailles différentes, peut-être dû à la diversité de leurs lignées ou en raison de l’état d’intoxication et d’envoûtement dans lequel ils plongent ceux qui les contemplent. Pour des êtres souterrains, ils sont assez petits, mais lorsqu’ils sont décrits comme amants des humains ou lorsque des humains tombent soudainement sur leurs fermes dans les bois et la nature désolée et lointaine, les Huldrefolk apparaissent alors proches de la stature humaine. Des variations de taille sont également rapportées chez les Danois, mais ceux qu’on nomme aussi les Souterrains étaient principalement considérés comme étant de petite taille.

Les Huldrefolk de Norvège possèdent leur propre bétail, qui serait à la fois bien plus utile, meilleur et plus gras que le bétail de leurs cousins humains. Cette tradition bovine semble avoir transiter des nains allemands, au Bjærgfolk montagnards danois par Sjöfrun, puis grâce à la Dame des Océans, par le long des provinces de la côte ouest suédoise (c’est-à-dire des anciennes provinces danoises). Sjöfrun était bien connue pour son bétail étonnant et très prisé et il semble que ce trope ait continué en Norvège car cette tradition s’y est également retrouvée. Pourtant, cette influence / tradition peut en Norvège également avoir émigré de l’est, mais elle peut aussi simplement indiquer un fait réel, un aspect qui a tendance à être oublié ou ignoré.

Une autre influence potentielle de la Suède sur les traditions norvégiennes sont les contes des beaux et éminents bestiaux de la dame Skogsråets. Celle-ci possédait des élans sellés qui l’emmenait partout dans son domaine. Ses élans dépassaient facilement n’importe quel cheval humain. Un mythe plus récent raconte comment l’un des préposés et proche du régent suédois Charles XII / Carl de Suède (1682-1718 CE) se retrouva dans les bois sur un wapiti, ces magnifiques créatures à qui l’on se réfère aussi comme Skogens Konung, ou Rois des Forêts. Lorsque Charles XII eut vent de leur vitesse et de leurs élans extraordinaires, il se sentit suffisamment inspiré pour commencer à former des élans pour les utiliser dans l’armée, ce qui était totalement vain si je puis dire, car ces créatures ne se laissent apprivoiser par personne d’autre que leur maîtresse, la Dame des Bois Désolés.

Idlu Lili Regulus

(sur l’auteur)

traduction française par Kazim

/*\

Bibliographie

Howard, Michael, Traditional Folk Remedies: A Comprehensive Herbal Century paperbacks, London, England, 1987

Liungman, Waldemar, Sveriges sägner i ord och bild, part IV, Förlagsaktiebolaget Vald Litteratur, R. W. Statlander, Stockholm, Sweden, 1961,

Schön, Ebbe, Älvor, vättar och andra väsen: en bok om gammal folktro av Ebbe Schön Rabén & Sjögren, Stockholm, Sweden, 1987.

Schön, Ebbe, Folktro i Bohuslän, Warne Förlag, Partille, Sweden, 1992

Schön, Ebbe, Älvor, troll och talande träd, Bokförlaget Semic, Media Print, Uddevalla, Sweden, 2000